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Cette vieille dame d'origine hongroise a mis en place ses blogs sur la vie à Argenteuil et la vie après 70 ans. Je crois qu'en plus de ses textes, elle a inséré 20 000 photos
Ces chansons me firent un effet extraordinaire dans les années 70, et aujourd'hui encore, il m'arrive de me demander place Salvador Allende à Argenteuil lorsque les motos font leur gymkhana : Where do the children play ?
Je ne sais si je pourrai alimenter ce blog jusqu'à la fin de ma vie uniquement avec des vues d'Argenteuil, ancien berceau des impressionnistes, mais dont les décors historiques de leur peinture ont été noyés sous le béton. Il me semble toutefois que ces vues sont belles, que la ville ne se résume pas aux images de Sarkozy sur la dalle, images qui avaient provoqué la colère du maire UMP de l'époque, non prévenu de cette visite, qui s'était écrié dans un tract "Argenteuil n'est pas un zoo".
sur les blogs, les photos sont paradisiaques, et représentent des lagons bleutés, le sud de la France, des fleurs et des lieux bucoliques. Je voudrais innover et montrer la banalité.
Voici la gare d'Argenteuil, que je ne peux négliger parce que j'ai passé des heures sur ces quais au fil de ces années. Au contraire des lieux bucoliques montrés par les internautes comme nostalgie d'un paradis perdu, rien n'y est naturel, que ce soit dans l'harmonie ou le désordre. Le banc donne un sentiment de solitude, d'attente, dans les films, les amours finissent souvent dans les gares, sur un train qui part, et les espoirs aussi, ceux des retours de guerre. Il pleut, les couleurs sont grises, mais il y a un fresque au fond, une œuvre artistique, qui peut être un jour, sera la seule trace de l'art de notre époque. C'est aussi un showroom de mobilier urbain, qui là aussi est le design de notre temps, notre expression du quotidien, comme les amphores romaines, mais vieillira-t-il aussi bien, si le réchauffement climatique ne permet même pas son engloutissement ?
L'affiche publicitaire, éphémère, répétée comme un Andy Warhol apporte encore une touche de mouvement et de fantaisie à ce paysage urbain austère.
Le panneau indiquant la ville permet de se situer dans l'espace, autrement ce serait nulle part et partout. Toutes les gares sont identiques, seul leur nom les différencie.
Autre chose, vu sur le réseau mondial, ce lieu peut paraître exotique, inconnu, étrange. La mondialisation lui confère un caractère inespéré. C'est le miracle du net.
On est toujours tributaire d'une gare, comme disait Dali, et c'est ce qui nous rapproche.
La mairie se demande si elle doit conserver cette fresque "moderne", que certains trouvent très laide pour une entrée dans la ville : qu'en pensez-vous ?
voici sa description sur le site de la mairie
"L’homme du XXe siècle
1969
Sculpture d’Edouard Pignon, céramique de Michel Rivière
Terre chamottée et céramique émaillée (10x50 m)
Boulevard Héloïse et avenue Gabriel Péri
Né en 1905, Edouard Pignon exerce
d’abord les métiers de mineur et d’ouvrier avant de se consacrer à la
peinture dans les années trente. Il est marqué par l’œuvre d’André
Lhote (1885-1962). Ce dernier, installé à Paris en 1908, s’est
intéressé à l’art nègre. Il fut également influencé par le Fauvisme
avant d’être sensibilisé au Cubisme qui l’incita à schématiser les
volumes d’une façon géométrique et abrupte, tout en conservant le goût
des couleurs vives et contrastées. Cette influence est nette dans la
fresque d’Argenteuil.
Picasso, lui aussi attiré par les arts primitifs et principal
créateur avec Braque (né à Argenteuil en 1883) du Cubisme, encourage le
travail de Pignon dès leur rencontre en 1936.
"L’Homme du XXe siècle" lui est commandé par l’architecte urbaniste Roland Dubrulle, chargé de la construction de la Maison des Jeunes et de la Culture, inaugurée en 1969. Cette œuvre, en trois parties, évoque le drame du XXe siècle, ses contradictions et la violence des guerres. Elle est aussi une ode au travail, un hommage à l’homme de notre époque, "un homme un peu cosmonaute" disait l’artiste.
Depuis l’avenue Gabriel Péri, un panneau représente la guerre et le chaos : dans un monde dominé par quatre têtes de guerriers brandissant des glaives et des lances, règne une atmosphère faite de sang et de feu. Sur le boulevard Héloïse, les couleurs évoquent un monde de paix, de travail et de progrès : le bras de l’homme maîtrise les forces de la nature tandis que dans le ciel s’inscrit l’arbre de la conquête spatiale. Nous en sommes en 1969, année ou l’américain Neil Armstrong posa le premier un pied sur la lune. Enfin, sur l’angle est figuré, L’Homme du XXe siècle, condamné à être l’artisan de son bonheur ou de son malheur : son front se mélange aux nuages, son regard comme sa bouche sont marqués à la fois par la douleur et l’orgueil ; des rides attestent de la violence des combats qu’il doit livrer.
Cette composition, qui a demandé plus d’un an de travail, comporte plus de 5 000 morceaux de céramique. En 1969, cette fresque, la plus grande d’Europe, est aussi la première œuvre d’art qui allie à la fois peinture, sculpture, céramique et architecture."C'est le lieu où jouent les enfants, dont Cat Stevens se demandait en son temps "Where do the children play ?"
Les enfants souffrent des gymkhanas de motos et de Quads, devant lesquels les autorités restent impuissantes. Des générations de parents sont intervenus sans succès. Les jeunes risquent leur vie et celle des enfants en traversant la place à moto à grande vitesse, ou sur un quad sur deux roues, sans casque. Est-ce que sont ces enfants calmes qui ont grandi, et qui empêchent les plus petits de jouer en paix ?
Les enfants jouent paisiblement sur la place Allende à Argenteuil, les plus grands prennent soin des petits, loin de cette description apocalyptique de la banlieue et de ses sauvageons.C'est l'espace de jeu à proximité, où chacun se retrouve comme sur une place de village, avec les mères qui papotent sur les bancs, surveillant collectivement leurs enfants. Quelqu'un racontera peut-être un jour cette place au nom de martyr avec autant d'empathie et de nostalgie colorée que Marcel Pagnol, comme si seuls les beaux quartiers devaient seuls donner lieu à des récits enchantés.
Pour un enfant, tout espace avec d'autres enfants est un paradis, quel qu'il soit, je ne dis pas de mal d'Argenteuil, même si j'ai connu d'autres lieux, en province, dans Paris. Je trouve que c'est une des rares villes de banlieue aux populations mélangées, dans son centre ville, qui est un lieu de promenade agréable parce qu'à taille humaine. Je ne peux dire que je me sois fait des relations dans cette ville, mais je m'en fais difficilement, et je suis plus âgé que les autres parents. Pour les générations plus jeunes, l'âge est un mur.
J'observe ces équipes municipales polémiquer sur des impôts inéluctables, des rêves de retour à l'age d'or peut-être irréalisables, la peur du départ des classes moyennes, qui ferait de la ville une banlieue pauvre, ce qu'elle est parvenue à éviter partiellement.
Je préférais l'ancien logo de la ville, plus moderne et plus dynamique, avec une touche de rouge qui a irrité l'ancien maire UMP, comme une tache du passé. Le nouveau logo est un blason moyen-âgeux, avec la tunique du Christ, relique du VIème siècle conservée en la basilique de Saint-Denis, alors que l'on construit une grande mosquée !
S'il faut préserver les magnifiques et rares vestiges du moyen-âge et de la préhistoire, il faut aussi considérer que la ville appartient à ceux qui y arrivent, et gérer un melting pot, qui n'est pas pire que celui du temps des bretons et des auvergnats.
Argenteuil a ses quartiers qui s'ignorent, le val d'Argenteuil, et ses hlm, Orgemont et les Coteaux dans lesquels se regroupent les classes moyennes endettées ou héritières de gens modestes qui se sont installés avant que les prix montent. Seul le centre est mixte socialement, et c'est le véritable creuset d'Argenteuil. La ville est jeune, et nous sommes vieux. Le futur de la France, c'est Argenteuil, même si on du mal à l'admettre, parce que l'on vient d'un monde qui nous semble plus ancien.
Sur un vieux mur d'Argenteuil, il y a ce bas-relief du moyen-âge, qui représente le passeur, celui qui permettait aux voyageurs de traverser la Seine. On pourrait aussi y voir un passeur d'âmes, un symbole religieux. Je ne voyage plus, mais j'essaie de rester attentif à ces signes d'un temps ancien, qui nous parle d'autres temps disparus à jamais. Avec le net, ce qui est près de chez moi, est le bout du monde pour mon lecteur. Le net rend exotique ce qu'il touche. La ville a mal conservé ses vestiges de cette époque, mais ces quelques traces sont émouvantes.