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Le pont Alexandre III est le plus beau de Paris, et dans les crépuscules, il a quelque chose d'un rêve, avec ces statues, autrefois vertes, et aujourd'hui repeintes, et la Seine et ses péniches. Ce sont mes quelques minutes de tourisme, avant ma journée de travail.
http://muniparis.blog.lemonde.fr/category/adrien-grandmesnil-marulier/
Wikipedia n'en a pas voulu dans son encyclopédie, Le Monde lui a consacré cet article dont je reprends les videos. Adrien est ce que l'on aurait appelé autrefois un original, Candidat dans le VIIème arrondissement, il n'aura je crois, atteint que les 0,7 % de voix face à Rachida Dati, qu'il interpelle lors des réunions. On le croise parfois dans cet arrondissement qu'il adore, parce qu'il y a travaillé quarante ans, après Sciences po Paris et l'IRA. On peut éprouver de la tendresse pour un tel politicien, sorti d'une époque révolue, ou d'un album de Tintin.
A notre époque bling-bling, on perd de vue un programme aussi idiosyncrasique, un programme pour un Paris qui appartiendrait à ses habitants, aux gens qui y travaillent. Je ne veux pas faire sa promotion, seulement faire connaître par la grâce du net, sa vision originale.
http://muniparis.blog.lemonde.fr/category/adrien-grandmesnil-marulier/
C'est le lieu où jouent les enfants, dont Cat Stevens se demandait en son temps "Where do the children play ?"
Les enfants souffrent des gymkhanas de motos et de Quads, devant lesquels les autorités restent impuissantes. Des générations de parents sont intervenus sans succès. Les jeunes risquent leur vie et celle des enfants en traversant la place à moto à grande vitesse, ou sur un quad sur deux roues, sans casque. Est-ce que sont ces enfants calmes qui ont grandi, et qui empêchent les plus petits de jouer en paix ?
Les enfants jouent paisiblement sur la place Allende à Argenteuil, les plus grands prennent soin des petits, loin de cette description apocalyptique de la banlieue et de ses sauvageons.C'est l'espace de jeu à proximité, où chacun se retrouve comme sur une place de village, avec les mères qui papotent sur les bancs, surveillant collectivement leurs enfants. Quelqu'un racontera peut-être un jour cette place au nom de martyr avec autant d'empathie et de nostalgie colorée que Marcel Pagnol, comme si seuls les beaux quartiers devaient seuls donner lieu à des récits enchantés.
Pour un enfant, tout espace avec d'autres enfants est un paradis, quel qu'il soit, je ne dis pas de mal d'Argenteuil, même si j'ai connu d'autres lieux, en province, dans Paris. Je trouve que c'est une des rares villes de banlieue aux populations mélangées, dans son centre ville, qui est un lieu de promenade agréable parce qu'à taille humaine. Je ne peux dire que je me sois fait des relations dans cette ville, mais je m'en fais difficilement, et je suis plus âgé que les autres parents. Pour les générations plus jeunes, l'âge est un mur.
J'observe ces équipes municipales polémiquer sur des impôts inéluctables, des rêves de retour à l'age d'or peut-être irréalisables, la peur du départ des classes moyennes, qui ferait de la ville une banlieue pauvre, ce qu'elle est parvenue à éviter partiellement.
Je préférais l'ancien logo de la ville, plus moderne et plus dynamique, avec une touche de rouge qui a irrité l'ancien maire UMP, comme une tache du passé. Le nouveau logo est un blason moyen-âgeux, avec la tunique du Christ, relique du VIème siècle conservée en la basilique de Saint-Denis, alors que l'on construit une grande mosquée !
S'il faut préserver les magnifiques et rares vestiges du moyen-âge et de la préhistoire, il faut aussi considérer que la ville appartient à ceux qui y arrivent, et gérer un melting pot, qui n'est pas pire que celui du temps des bretons et des auvergnats.
Argenteuil a ses quartiers qui s'ignorent, le val d'Argenteuil, et ses hlm, Orgemont et les Coteaux dans lesquels se regroupent les classes moyennes endettées ou héritières de gens modestes qui se sont installés avant que les prix montent. Seul le centre est mixte socialement, et c'est le véritable creuset d'Argenteuil. La ville est jeune, et nous sommes vieux. Le futur de la France, c'est Argenteuil, même si on du mal à l'admettre, parce que l'on vient d'un monde qui nous semble plus ancien.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Sainte-Clotilde_%28Paris%29
Je sais peu de choses de Jacques Cousseau, sauf qu'il venait de Saint-Étienne. Je sais qu'il partit à Paris dans les années 50, écrivait dans les cafés, ce qui était très existentialiste. Il a coécrit des scenarii avec Bernard Blier, et en solo pour le film "le maitre", son autobiographie absolument introuvable.
On trouve encore ses livres en vente sur le net, dont "l'éblouissement" paru chez Gallimard, très nouveau roman, ou édition de Minuit. Je l'ai acquis sans trouver ce que je cherchais, un témoignage de l'époque, le moyen de vivre au passé d'avant ma naissance, dans le Paris que je n'ai pas connu.
Je ne sais si ce livre est son chef d'œuvre, ou si chien gris est mieux. Je vais continuer ma quête, ne serait-ce que pour alimenter avec plus de chair l'article de Wikipedia.
Combien d'artistes ratés ont cherché l'or, et se sont ensuite tournés vers autre chose. Quelle fut sa vie, est-ce qu'il considère que les critiques parues sur son oeuvre traduisent un succès, ou a-t-il renoncé à tout cela par la suite ? je ne sais.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Cousseau
Je suis fasciné par ces étranges statues sur les bords de Seine à Bercyy. On croirait des représentations anciennes, incongrues dans ce quartier moderne et paysager. A Paris, le vieux se modernise en permanence, et l'art premier rejoint l'art moderne. On est dans le futur et dans un lointain passé à la fois.
L'activité principale quand on arrive à Paris, et ce durant des années, avant que l'on ne se stabilise, ce que l'on n'atteint parfois jamais, c'est la marche à pied1 dans des rues infinies. C'est une distraction, une nécessité, et bientôt un besoin, le moyen d'être toujours distrait, d'avoir un horizon qui change, de se créer le sentiment que l'on a fait quelque chose de sa journée, que l'on a voyagé, vu des gens. Pour beaucoup de diplômés qui s'installent, ne connaissent personne, et ont l'impression que les rencontres tiennent du plat de spaghettis-on croit que le spaghetti va nous apporter tout le plat-on tire sur lui, et il s'avère solitaire, la rue est le seul espace de liberté, d'évasion.
On peut aller d'un lieu à l'autre sans fin, s'arrêter dans un café, boire au zinc, en contemplant la variété des ambiances selon les heures, les rues, les saisons, repartir, visiter un truc culturel (les diplômés en sont friands, c'est un signe de distinction, comme les montres Rollex chez certains), feuilleter des livres dans une librairie. On peut varier ses itinéraires, on ne se baigne jamais dans la même ville, c'est le temps le plus plein. Marcher finit par vous occuper à temps plein, les autres activités ne constituent bientôt plus que des étapes à l'intérieur de cette activité générale, ou un prétexte.
On peut ainsi marcher durant des années, sans croiser quelqu'un, sans faire partie d'aucune communauté particulière, sans avoir construit quoi que ce soit, et continuer encore, et attendre encore beaucoup de ces marches dans la ville.
J'ai ainsi marché longtemps comme Forest Gump courrait, faisant parfois quelques émules, compagnons esseulés d'un voyage avec Nouvelles Frontières que l'on retrouve pour une bonne bouffe et une séance de diapositives. On croit avoir trouvé un filon, plein de bonnes soirées en perspective, des revoyures, un enrichissement de ses relations, et puis on se perd de vue rapidement, avalés par la ville, les changements d'adresse, de boulot, de préoccupations.
Ce temps d'errance semble infini, soit l'on réussit, soit l'on repart en province, soit l'on continue sur ce mode, et il y a des quinquagénaires qui vivent ainsi depuis leur jeunesse. On ne vieillit pas tant que rien ne change.
Entre ce parcours statique et les narrations, où le héros va d'une aventure à l'autre, passe d'un milieu à l'autre sans barrière, il y a la différence entre le roman et la vie réelle. Si vous êtes un lecteur, et que vous piquez d'écrire aussi, vous demandez à l'écriture non de restituer cette vie réelle, mais en la distordant, de lui faire dire davantage, de lui donner des profondeurs qu'elle possède, mais que l'on ne lit plus. Écrire, c'est prendre du banal et en tirer une sorte d'infini.
La vie est fractale, de chaque parcelle, on peut extraire la même complexité que de l'ensemble du monde.
Chaque ville a sa saison, pour certaines, l'hiver recouvre d'ouate de carte postale ce qui n'était que rues et maisons tristes, pour d'autres l'été fait resplendir de lumières et de couleurs ce qui semble si gris le reste du temps. A Paris, c'est l'automne qui, une fois les touristes partis, pose sa lumière dorée et rend si humaine la ville pour ses vrais habitués. Le printemps est un instant de fraîcheur, de retour des passants le sourire aux lèvres, mais il est aussi bref, comme une éclosion de bourgeons et le sourire bien fugitif de ceux que l'on croise.
Ce sont ces brèves semaines d'équinoxe qui donnent le plus de beauté à Paris, comme si elles lui apportaient enfin des nuances et des demies teintes.